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REVUE DU PAYS DE CAUX

En riant de la chair dans la chanson obscène,
L’âme est comme un forçat qui joue avec sa chaîne.

Pour ne pas nous borner à des citations tronquées, lisons ensemble, si vous voulez bien, ces trois strophes, les meilleures, peut-être du recueil. Elles sont datées de 1840.

                          Les Forgerons

Une forge là-bas flamboie au pied des monts.
Vois ces deux forgerons que le feu montre et voile.
Le fer rouge étincelle. On dirait deux démons,
À grands coups de marteaux, écrasant une étoile.

Que forgent-ils donc là, ces deux sombres forgeurs ?
Font-ils une charrue, ou font-ils une épée ?
Leur enclume sonore, incessamment frappée,
Fait sur la route, au loin, rêver les voyageurs.

Glaive ou soc, ce qu’ils font est l’œuvre de Dieu même.
Que ce soit l’humble fer ou l’acier belliqueux,
Ils travaillent ! — L’oiseau chante autour d’eux, l’ombre aime ;
La nature profonde est en paix avec eux.

Telle est la dernière gerbe. On l’a livrée au public à l’heure où la France assemblée au Panthéon, dans la personne de ses représentants, célébrait dignement le centenaire d’une naissance rare, à l’heure où, dans le monde entier, les travailleurs de la pensée s’unissaient pour un magnifique hommage. Dix-sept ans ont passé depuis que Paris fit à Victor Hugo des funérailles dont l’ordonnance laissa si fort à désirer. Ces dix-sept ans ont éteint autour de sa mémoire les passions sectaires ; elles n’ont point embrumé son profil. Et dans la sérénité de l’apothéose présente, on s’aperçoit qu’il a singulièrement grandi depuis sa mort. De combien d’hommes en peut-on dire autant ? Ils sont peu, même parmi les grands ; et c’est là le signe certain de l’immortalité. Victor Hugo rayonne désormais « avec Dante, Gœthe et Shakespeare sous la divine clarté d’Homère ». Le mot a été dit, l’autre jour, au « banquet des poètes » ; il y avait là quelques talents, pas mal de médiocrités et nombre de vaniteux.

L’enthousiasme de l’assemblée était, du moins, de bon aloi. C’est par un membre de la peu fameuse « Académie des Gon-