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REVUE DU PAYS DE CAUX

on est frappé surtout, de l’inaction de l’Europe et en particulier de celle de l’Allemagne ; on en conclut que, même quand elle se met dans un mauvais cas, les autres puissances n’osent pas attaquer l’Angleterre, à l’abri derrière sa flotte.

Voilà la vérité. Il ne faudra donc pas trop s’étonner lorsqu’on verra, qu’en fin de compte, le prestige de l’Angleterre dans le monde n’a point du tout sombré, après cette série de défaites dont la moitié, sans doute, eussent entamé la réputation d’un autre pays. Ce résultat, dont évidemment les Anglais auront droit de s’enorgueillir, sera dû à l’admirable esprit public qui les a soutenus, sans défaillance, à travers la mauvaise fortune et leur aura permis d’en avoir enfin raison.


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CECIL RHODES



Débarqué tout jeune au Cap, il y a trente et un ans, pauvre, phtisique et condamné par les médecins, Cecil John Rhodes vient d’y mourir, possesseur d’une fortune de quatre cents millions de francs et créateur d’un empire qui porte son nom — la Rhodesia — et au centre duquel il a été inhumé. Cette prodigieuse figure parait avoir quelque peu déconcerté nos chroniqueurs. Ils ont voulu la mensurer avec les instruments qui leur servent à détailler l’égoïsme sceptique d’un Salisbury, l’entêtement rageur d’un Chamberlain, l’élégante médiocrité d’un Roseberry ou même le talent névrosé d’un Kipling ; ils ont perdu leur anglais. En Europe, la carrière de Cecil Rhodes commence à être connue, l’œuvre l’est moins, l’homme ne l’est pas du tout. Nous retracerons, en quelques lignes, les principaux événements de sa vie et tâcherons de surprendre le mobile de ses actes et le secret de sa puissance.

Au Cap, après avoir débuté comme agriculteur, Rhodes se fit chercheur de diamants et dès qu’il eût amassé un petit pécule, il l’employa à poursuivre ses études universitaires ; il alla ainsi plusieurs fois de Kimberley, où il édifiait sa fortune, à Oxford ou il perfectionnait son éducation ; et ces longues traversées aidèrent