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REVUE DU PAYS DE CAUX

hausser les prix de vente. En essayant de remonter l’affaire, chose impossible, la nouvelle Société n’a fait que souligner l’impuissance de la France à venir à bout du canal ; elle a achevé de déconsidérer l’œuvre et a rendu impossible une transaction vraiment avantageuse. Réduite aux abois, elle a dû formuler une offre et elle l’a faite le jour même où la chambre des représentants de Washington se déclarait favorable à la route du Nicaragua. On sait, en effet, que l’idée du canal de Nicaragua est contemporaine du plan de percement de l’isthme Panamien. Les deux projets eurent des partisans exclusifs et sous l’influence des entrepreneurs Américains qui considéraient la route du Nicaragua comme plus favorable à leurs intérêts, c’est cette dernière qui sembla longtemps l’emporter dans les sympathies de l’opinion transatlantique. La société Française offrit, le 9 janvier dernier, de céder la totalité de ses biens et droits dans l’isthme avec les plans et archives de Paris pour quarante millions de dollars, soit deux cents millions de francs. La chose était trop avantageuse pour que l’esprit pratique du peuple Américain la laissât échapper. Aussi sans crainte de se déjuger, le congrès se montra prêt à accepter, et c’est maintenant au président Roosevelt à dire le dernier mot. On le sait sympathique au rachat ; mais il doit négocier préalablement avec la république de la Colombie sur le territoire de laquelle se trouve le canal de Panama. On calcule que les négociations dureront quelque temps et que l’affaire ne pourra guère être terminée avant janvier 1903. Quant aux obligataires de la première société, ils auront à se partager plus des deux tiers du prix de vente ; mais cela ne représentera encore que treize pour cent à peine du capital versé par eux jadis !

Le tribunal de La Haye.

« Greffier, Greffier, s’écrie de temps à autre le président du fameux tribunal d’arbitrage créé à la suite de la Conférence de la Paix, ne vois-tu rien venir ? » Et le Greffier, comme sœur Anne, répond en gémissant du haut de son belvédère : « Je ne vois rien, que des vaches qui paissent et des moulins qui tournent ! » Une si déplorable inactivité n’est pas propre à répandre un grand prestige sur l’infortuné tribunal ; aussi clame-t-il d’allégresse en apprenant qu’enfin un certain nombre d’affaires lui vont être soumises. Il y a d’abord une question de câbles sous-marins sur laquelle