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REVUE DU PAYS DE CAUX

sement inspiré dans ses allocutions ; son discours de Tidi-Ouzou aux chefs kabyles et celui qu’à l’issue de la revue de Kreider il a adressé aux quatre-vingts chefs arabes réunis autour de lui sont de vrais modèles du genre et si, comme on doit l’espérer, la traduction lue immédiatement après en a rendu le sens exact, de tels discours ont dû porter. M. Loubet a fait, en termes simples, appel à des sentiments simples ; il s’est gardé de parler de liberté, d’égalité et de fraternité, mots dangereux à jeter sur une foule arabe. Il a insisté sur la force de la France et sur les bienfaits de sa domination qui sont la paix et la sécurité rendues au pays ; et il a ajouté que la France saurait reconnaître par des bienfaits de plus en plus grands, une fidélité de plus en plus complète. Son ton a été énergique sans cesser d’être paternel.

Aux colons, M. Loubet a fait entendre d’utiles appels à la concorde et il y a ajouté quelques conseils pratiques en même temps qu’il a rendu à leur activité et à leurs efforts un juste tribut d’éloges.

Pourquoi faut-il que sur toutes ces belles manifestations si réconfortantes pour l’amour-propre national, l’esprit de parti soit venu jeter une note de haine. Le scandaleux procédé par lequel le président du Conseil a, en quelque sorte, imposé au gouverneur général de l’Algérie sa démission à la veille du voyage présidentiel a été flétri comme il convenait par les élus de la colonie. Le vice-président de la Chambre des députés, M. Étienne, député d’Oran, n’a pas craint lui-même de donner au premier ministre l’avertissement public que méritait son incartade. Et nous n’avons pas ici à juger le fonds du débat ; quand bien même M. Revoil eut commis n’importe quel acte le disqualifiant moralement comme représentant de la République, traiter de la sorte le gouverneur général d’une colonie est une de ces inepties que peuvent seuls commettre les politiciens et ils sont nombreux — qui n’ont pas encore compris ce que c’est qu’une colonie. Si la Revue du pays de Caux avait existé au temps du ministère Casimir-Perier, elle eut blamé avec la même énergie le coup de télégraphe qui mit fin à la mission de M. de Lanessan comme gouverneur général de l’Indo-Chine. Mais la façon dont M. Combes a opéré rend son cas plus pendable encore et il est fâcheux que l’autorité du chef de l’État ne se soit