Page:Revue générale de l'architecture et des travaux publics, V4, 1843.djvu/147

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COUP D’ŒIL SUR LES CIMETIÈRES DE PARIS.


Introduction : Quelques mots sur les coutumes funèbres de l’antiquité et celles des premiers chrétiens. — Des Cimetières de Paris : L’état de ces cimetières au Moyen-Age. — Cimetière du Sud ou du Mont-Parnasse.Cimetière du Nord ou de Montmartre : Dégâts qu’on y commet, son mauvais aménagement. — Cimetière de l’Est ou du Père-Lachaise : Son mauvais aménagement ; les dégâts occasionnés par les eaux et les éboulements des terres ; moyens d’y remédier ; considérations économiques.


Introduction.

Tous les peuples de la terre, anciens ou modernes, civilisés ou sauvages, ont porté aux restes de leurs morts un culte plus ou moins fervent ; mais le caractère de ce culte a varié suivant les pays, les mœurs, la religion et l’état plus ou moins avancé de civilisation. Chaque famille, pour obéir à ce sentiment naturel, voulut honorer et soustraire à la destruction ou à la dispersion la dépouille mortelle des individus qui lui avaient été chers en la déposant dans des lieux consacrés à cet usage funèbre.

Chez les anciens surtout, la privation de sépulture était considérée dans certains cas comme une des peines les plus infamantes ; dans d’autres, comme la plus grande des calamités : abandonner les cadavres des siens eût paru un sacrilège. Avec quel effroyable acharnement les Grecs ne disputèrent-ils pas aux Troyens vainqueurs le corps de Patrocle ? De combien de pleurs le vieux Priam n’arrosa-t-il pas les genoux d’Achille en lui redemandant le corps de son fils ? Plus tard, nous voyons le peuple d’Athènes condamner à la peine de mort plusieurs généraux pour avoir négligé de donner la sépulture à leurs soldats morts sur le champ de bataille. Puis, si nous revenons à une époque plus rapprochée de nous, mais à une civilisation encore peu avancée cependant, combien ne devons-nous pas admirer les plaintes touchantes et la noble résistance de cette peuplade sauvage de l’Amérique du Nord, qui refusait de s’expatrier en s’écriant : « Dirons-nous aux ossements de nos pères de nous suivre dans la terre étrangère ? » Et, de nos jours, ne voit-on pas avec quel zèle, quel courage, les peuplades de l’Algérie prennent à cœur ce soin pieux, et cherchent à enlever leurs morts des champs de bataille, même après la déroute la plus complète et dans la fuite la plus précipitée ?

Chez nous, le respect pour les restes mortels des personnes que nous avons affectionnées pendant leur vie est grand, sans doute, mais il ne nous semble pas survivre assez à l’influence du temps, et les grands frais que nous faisons pour nos sépultures sont souvent plutôt le fruit de l’ostentation que de la religion des souvenirs.

L’usage de construire des sépulcres pour recevoir les restes humains remonte au moins jusqu’au temps d’Abraham ; car, selon la Genèse, chap. xxiii, ce patriarche déposa le corps de Sara dans une caverne double qu’il acheta d’Ephrom Héthéen, ainsi que le champ et les arbres qui l’entouraient, afin qu’Abraham le possédât comme chose qui lui appartenait légitimement. Il fut, plus tard, enseveli lui-même dans ce sépulcre à côté de Sara ; tout porte à croire que cette caverne double devait être une espèce de caveau en maçonnerie, à deux cases, ou taillé de main d’homme dans le roc, pour recevoir les corps de deux chefs de famille. Ce ne pouvait être une caverne naturelle, puisqu’on lit dans le même chapitre que les Héthéens dirent à Abraham : « Enterrez dans nos plus beaux sépulcres la personne qui tout est morte. » Il y avait donc dans ce pays un certain nombre de sépulcres d’une beauté et d’une valeur différentes. Or, il n’est pas probable que la nature ait distribué sur le sol de ces contrées une série de cavernes propres à l’inhumation d’une famille.

Les antiquaires font remontera des temps plus anciens encore la plupart des pyramides de Memphis.

L’usage de réunir les morts d’une cité, d’une bourgade tout entière, dans un lieu de sépulture commune, appartient à la plus haute antiquité, mais il ne fut pas généralement suivi, et chez les anciens, il parait avoir pris plutôt naissance dans les avantages que l’on reconnut à certaines localités pour recevoir ce dépôt sacré, qu’en vertu d’une loi spéciale émanée de l’autorité. On n’était pas, comme chez nous, obligé de faire enterrer ses morts dans un lieu plutôt que dans un autre, pourvu que ce fût extra muros. On ne vous obligeait pas à placer votre sépulture à côté du premier venu.

Bien qu’il existât chez certains peuples des nécropoles, on vit toujours un grand nombre de familles choisir leurs sépultures en dehors de l’enceinte générale.

Les Grecs, les Étrusques, les Romains et d’autres anciens peuples, ainsi que les Égyptiens, faisaient leurs tombes extérieures d’une grande solidité. Les unes étaient d’une construction tellement parfaite sous le double rapport de la matière et de l’exécution, qu’elles semblaient devoir braver à jamais la main des dévastateurs ; les autres, construites en matériaux moins résistants, moins adhérents les uns aux autres, étaient faites toutefois pour fatiguer aussi la patience des destructeurs : tels étaient les tumuli ; mais rien n’égalait surtout l’indestructibilité des tombeaux taillés en relief dans le roc, comme ceux de Persépolis, de Petra et de presque toute l’Asie-Mineure. Les nôtres, au contraire, malgré le faste apparent de quelques-uns d’entre eux sont presque tous d’une construction légère. Sur une infinité de tombeaux, on lit ces mots : Concession à perpétuité. Cependant les monuments qui portent cette pompeuse légende n’ont souvent, pour suivre les siècles dans leur marche rapide vers l’éternité, que des murs de 12 à 15 centimètres d’épaisseur, élevés pour la plupart sur une mauvaise fondation