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L’Âme des neuf Symphonies d’Antoine Bruckner



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Le signataire de l’étude ci-dessous, M. Alfred Westarp, doit diriger, le 23 mai, à un concert de la S. M. I., une partie de la IXe Symphonie de Bruckner, musicien au culte duquel il s’est consacré, et il vient de fonder à Paris un cours d’interprétation musicale : dans lequel on étudiera « l’expression de l’âme par les sons ». La mentalité musicale de M. Westarp est, certes, toute différente de la nôtre, et nos lecteurs pénétreront peut-être mal la pensée de ce musicographe allemand. Malgré cela, nous n’hésitons pas à insérer cette brève étude dont l’auteur a souhaité la publication dans notre Revue (N. D. L. R.).


Il n’y a aucun moyen d’expression qui soit plus profond et plus immédiat que la musique. C’est pourquoi le développement de l’art musical a commencé plus tard que celui des autres arts. C’est pourquoi aussi la musique n’est pas encore arrivée à la vérité sentimentale. Tous les créateurs musicaux transposent leur tempérament personnel dans le formalisme naïf de la tradition musicale et leur grandeur est en raison de la vivification de ces formes.

Considérons à ce point de vue l’œuvre de Bruckner…

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Chaque son est l’expression d’un sentiment musical. Un seul son contient tous les autres et tout le développement de l’œuvre. Ainsi toutes les symphonies de Bruckner commencent par un seul son ou par les sons de l’accord parfait. L’analyse des données naturelles qui sont contenues dans ce son unique a lieu sous l’action de la volonté intérieure de l’artiste. Le commencement de l’œuvre est plongé dans le crépuscule. L’incertitude est d’autant plus profonde que la volonté de l’artiste est plus