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personnelle. Le plus long des préludes de Bruckner est celui de sa Cinquième Symphonie. Mais la plupart de ses thèmes n’ont pas l’aspect d’une primitivité mélodique. Dans la Cinquième Symphonie la mélodie, le soi-disant thème, n’apparaît qu’après quelques pages de vacillement. La Huitième Symphonie ne parvient qu’assez tard dans sa tonalité. L’accord parfait comme remplaçant du seul son initial est à la base par exemple de la Quatrième, Sixième et Septième Symphonie.

Il va sans dire qu’une telle tonalité primordiale doit être autrement exécutée qu’une tonalité finale. La tonalité finale exprimé la dissolution de la volonté personnelle dans la nature primitive des premiers harmoniques. La tonalité primordiale n’est que l’expression de l’intensité changeante du son unique. Celle-ci doit se faire sentir dans l’exécution du commencement de l’œuvre. La notation habituelle découvre ici son insuffisance ; et la barre de mesure surtout n’a qu’une valeur relative.

La force créatrice du son unique se manifeste aussi dans les points d’orgue dont Bruckner appréciait la liberté d’expression, par exemple dans la première partie de la Septième Symphonie.

Le développement de l’intensité du son unique ou de son accord parfait n’est cependant pas encore assez logique dans notre musique. C’est la pauvreté des rythmes qui en est la cause. La répétition et la symétrie de nos rythmes empêchent le cours naturel de la progression intérieure. Les surexcitations de l’intensité que tout le monde reproche à Bruckner ne sont que les conséquences de cet illogisme des moyens d’expression qu’une intensité changeante a à sa disposition. Aucun tempérament musical n’a jamais été plus profondément logique que celui de Bruckner. Cette logique cependant, n’ayant pas encore été approuvée publiquement, se cachait dans l’inconscient.

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La même logique gouverne aussi les sons différents qui résultent de l’intensité croissante du son primordial, qu’ils soient isolés ou groupés. Les groupes à deux forment la multiplicité la plus délicate. Toute musique différenciée consiste dans la variation des groupes de deux sons, qui sont plus ou moins