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entrecoupés par des sons isolés. La demande de mélodie, c’est-à-dire de retour dans la tonalité détruit le développement logique des sons. Bruckner a souffert aussi de cet illogisme de la tradition musicale. Et c’est ici que l’énigme de la forme de Bruckner trouve sa solution. Nous y reviendrons.

La direction des sons, dont l’intensité augmente, est généralement descendante. La direction des sons dont l’intensité diminue, est généralement ascendante. Ces deux règles psychologiques sont mises en valeur par Bruckner comme par tout véritable musicien. Une augmentation de l’intensité qui se sert d’une montée. de sons est anormale et elle exprime une surexcitation de la volonté. C’est ainsi que les deux premières paires d’intervalles de la première symphonie de Bruckner montent avec violence, pour retourner bientôt dans la direction descendante qui est naturelle à toute intensité musicale qui va grandissante ; tandis que la surexcitation du tempérament de Bruckner trouve à peine la direction naturelle dans le premier thème de la première partie de la Huitième Symphonie.

L’apparition d’un thème, d’une mélodie, dont nous avons constaté l’illogisme psychique est presque toujours accompagnée d’une surexcitation, qui ne s’exprime pas seulement par une intensité exagérée mais aussi par une direction anormale. Dans la Cinquième Symphonie et dans la Neuvième, déjà l’apparition du premier thème est précédé par une montée anormale de la direction des sons. Dans la Septième Symphonie, c’est le deuxième thème de la première partie (page 7 de la partition de piano à deux mains) qui ne se produit que par une telle montée anormale, accompagnée d’une disharmonie douloureusement criarde. La suite la plus compliquée des thèmes se trouve dans le final de la Huitième Symphonie et ce final est lui-même par conséquent le plus compliqué des huit de Bruckner.

La direction normale des sons est l’essence même des trilles. Certains trilles jouent un rôle très important dans le final de la Première et dans la première partie de la Deuxième Symphonie. C’est le trille de la Deuxième Symphonie qui engendre le mordant (page 9 de la partition de piano à deux mains) par la prépo-