Page:Revue philosophique de la France et de l'étranger, XXX.djvu/465

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puisse parvenir à les connaître par la voie la plus facile, la plus courte et la plus sûre.

La réalité ne nous offre que des faits individuels, des faits absolument concrets, et ce n’est pas à d’autres qu’à ceux-ci que nous avons affaire dans la pratique ; et c’est par conséquent d’eux seuls, en fin de compte, que la connaissance nous importe. Cependant si la connaissance péniblement et lentement acquise par l’étude d’un fait particulier était exclusivement restreinte à ce fait singulier et éphémère, et ne pouvait point s’appliquer à la fois à une foule d’autres qui s’offrent en même temps ou qui apparaîtront plus tard, la science, cela est évident, serait une chimère. Et pourtant la science naît et grandit. Comment cela se fait-il ? Cela s’opère par la vertu de cette primitive et toute instinctive découverte, à savoir que les choses ne sont pas absolument différentes les unes des autres, qu’elles se ressemblent toutes plus ou moins, qu’elles sont reliées ensemble par un système de degrés et de modes de ressemblance, ce qui, rendu avec plus de précision, veut dire que tout objet particulier n’étant qu’un total de propriétés ou caractères, autrement dit, de manières d’être, on observe que presque tous les caractères d’un objet donné se retrouvent identiquement dans un certain nombre d’autres objets. C’est ce qui constitue entre tous ces objets particuliers le plus haut degré de similitude. Ensuite il se découvre encore beaucoup d’autres objets qui sont également unis aux premiers par une certaine communauté de caractères ; mais ceux-ci sont en nombre un peu moindre que dans le premier cas, et de là un degré inférieur de ressemblance, mais s’étendant à un nombre d’autant plus grand d’individualités. Et ainsi progressivement.

C’est alors que l’esprit se forge l’idée de grouper en un tout imaginaire les caractères communs concourant ensemble à former un même degré de ressemblance, abstraction faite des objets réels qui les manifestent, et de se représenter ce corps factice de caractères comme une sorte d’objet de convention, qui serait, pour ainsi dire, un extrait des objets véritables. Tel est l’objet abstrait. Puis à chaque objet abstrait on affecte une dénomination qui lui devient propre, et cette dénomination est pareillement dite un nom abstrait, ou encore un nom commun, un nom général, ou générique. Ainsi, le mot homme est un nom abstrait exprimant l’idée d’un objet abstrait idéalement formé du groupe de caractères qui sont le fond essentiel de la nature humaine, et s’appliquant généralement à tous les individus qui offrent ce groupe de caractères.

L’étude d’un objet individuel nous ayant donné la science de cette portion de sa nature qui lui est commune avec d’autres objets, dits