Page:Revue philosophique de la France et de l'étranger, XXX.djvu/471

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Tandis que vivifiée dans son germe par la considération philosophique de l’élément et du tissu, l’histologie éclosait et prenait bientôt un essor brillant, l’organologie restait dans son œuf, ainsi que cela devait être, l’organe étant systématiquement exclu de toute spéculation d’ordre général. Et cela dit, ajoutons que si la science de l’organisme vivant s’est beaucoup accrue par les révélations de l’histologie, les découvertes qu’elle devait puiser dans l’organologie, et dont elle s’est volontairement privée, étaient d’un prix incomparablement supérieur ; c’est ce que je vais essayer d’expliquer en quelques mots.


Le degré de composition organique dont la notion a été vaguement aperçue par Bichat sous le nom d’organe, ne présente pas une simple fraction de l’organisme, il en constitue en réalité l’élément intégrant. L’organe est en effet une unité organique complète, autrement dit un mécanisme physiologique pourvu de toutes les pièces essentielles à l’exercice de la vie, qu’on la considère dans la plante ou dans l’animal. C’est qu’effectivement l’organisme animal et l’organisme végétal observés jusque dans les espèces où ils offrent le plus de complexité et de concentration, ne sont rien de plus qu’une agglomération de vraies plantes ou de vrais animaux réduits à l’organisation la plus simple. Et cette vérité s’applique notamment et de tous points à l’homme, que nous prendrons pour sujet de cette démonstration.

Quand, dans un premier essai de physiologie philosophique paru en 1855[1], je formulai cette proposition que l’organisme humain, et plus généralement l’organisme des vertébrés, est un composé de zoonites non moins que le corps des articulés, M. Flourens vivait encore et n’avait pas cessé de régner sur la physiologie. Or M. Flourens avait prononcé avec toute la solennité d’un oracle de la science qu’un abîme sépare le plan organique des vertébrés de celui des invertébrés ; et que, tandis que l’organisme de ceux-ci est un composé d’êtres vivants similaires, celui des autres ne nous offre qu’un centre de vie unique, nous présente une unité vitale irréductible, absolue. En conséquence, on fut unanime à conspuer ma thèse, véritable outrage à l’orthodoxie de l’époque. Par la suite, l’opinion scientifique s’est modifiée à cet égard comme à d’autres, et il y a déjà

  1. Électrodynamisme vital, ou les relations physiologiques de l’esprit et de la matière démontrées par des expériences entièrement nouvelles et par l’histoire raisonnée du système nerveux. Paris, 1855, 1 fort vol. in-8. (Librairie F. Alcan.) Voir encore mes Essais de physiologie philosophique, 1 gros vol. in-8° avec figures, Paris, 1866, et ma brochure La philosophie physiologique et médicale de l’Académie de médecine, Paris, 1868 (même librairie).