Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/34

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La conscience réfléchie n’existe donc pas en fait partout où nous rencontrons ou croyons rencontrer des buts dans la nature ; seulement, partout où nous supposons de tels buts, nous ne pouvons nous empêcher de concevoir l’effet final comme représenté d’avance sinon sous une forme réfléchie et expresse, au moins d’une manière quelconque, dans l’agent qui le produit. Pour qu’un fait soit appelé cause finale, il faut que toute la série des phénomènes qui est appelée à le produire, lui soit subordonnée. Ce phénomène, non encore produit, règle et commande toute la série : ce qui serait manifestement incompréhensible et contraire à toute loi de causalité, s’il ne préexistait pas en quelque façon, et d’une manière idéale, à la combinaison dont il est à la fois la cause et le résultat. Reprenant et corrigeant la définition donnée plus haut, nous dirons donc que la cause finale, telle qu’elle nous est donnée dans l’expérience, est un effet, sinon prévu, du moins prédéterminé[1], et qui, en raison de cette prédétermination, conditionne et commande la série de phénomènes dont il est en apparence la résultante : c’est donc, encore une fois, un fait qui peut être considéré comme la cause de sa propre cause. Ainsi, en un sens, l’œil, est la cause de la vision ; en un autre sens, la vision est la cause de l’œil. On se représentera donc, ainsi que l’a dit Kant, la série des causes finales comme un renversement de la série des causes efficientes. Celle-ci va en descendant, celle-là en remontant. Les deux séries sont identiques (c’est du moins ce qu’il est permis de supposer à priori) ; mais l’une est l’inverse de l’autre. Le point de vue mécanique consiste à descendre la première de ces deux séries (de la cause à l’effet) ; le point de vue téléologique, ou des causes finales, consiste à le remonter (de la fin aux moyens). La question est de savoir sur quoi se fonde la légitimité de cette opération régressive.

On sait que toutes les écoles sont d’accord pour admettre certaines maximes ou vérités, appelées vérités premières, principes premiers ou fondamentaux, qui, pour les uns sont déposées à priori dans l’intelligence humaine, et pour les autres sont le fruit d’une expérience tellement universelle qu’elle équivaut dans la pratique à l’innéité ; mais qui de part et d’autre sont reconnues comme tellement évidentes et tellement impérieuses que la pensée est absolument impossible sans elles. Ce sont par exemple : le principe d’identité ; le principe de causalité et le principe de substance ; le principe d’espace et le principe de temps. Voici les formules les

  1. C’est ainsi que Hegel définit lui-même la finalité, das vorherbestimmte, Phil. de la nat., § 366.