Page:Revue philosophique de la France et de l’étranger, tome I, 1876.djvu/366

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animaux qui peuvent lui servir de nourriture sont beaucoup plus rares. Si sa vue ne devient pas plus perçante, ou son odorat plus fin, ou encore s’il n’acquiert pas plus de rapidité au vol, il mourra. Mais s’il acquiert ces qualités nouvelles, ce n’est évidemment point par une action directe des objets extérieurs, mais par suite de forces disponibles qu’il puise en lui-même et qui trouvent à se dépenser dans un exercice plus vigoureux des organes. Tous les individus ne sont pas capables de cette adaptation ; malgré la faim, l’idée ne leur vient pas de chercher leur proie autrement qu’auparavant, et ils ne réussissent pas à se procurer une pâture suffisante.

Dans les exemples précédents, ce ne sont plus les objets extérieurs qui rendent l’organisme capable de subsister dans des conditions nouvelles. Il est nécessaire de faire intervenir, avec Darwin, la variabilité propre des individus et la sélection naturelle.

La variabilité spontanée des êtres vivants a sa cause dans un superflu de forces, prêtes à chaque instant à se dépenser, à s’écouler par toutes les portes qui s’ouvrent accidentellement. Sans doute ce superflu de forces vient aussi du dehors ; mais il ne provient pas directement des objets qui ont mis l’être vivant dans des conditions nouvelles d’existence et qui l’obligent à une accoutumance et à un acclimatement, sous peine de succomber. Ce superflu a sa source dans la nutrition, dans la respiration, dans d’autres excitations qui n’ont qu’un rapport très-indirect avec les nouvelles difficultés de vie. C’est lui qui suscite dans l’intelligence de nouvelles combinaisons d’idées. Grâce à lui, l’organisme tâtonne, se livre à des essais, jusqu’à ce qu’il se soit remis dans un ensemble quelconque d’adaptations rendant la vie et la santé compatibles avec les conditions d’existence. De ces différents essais, les seuls qui persistent, qui deviennent à leur tour des formes permanentes, sont ceux qui se trouvent en harmonie avec l’ensemble de toutes les autres habitudes de l’individu, et qui ne sont point par conséquent détruits dans les moments suivants par l’accomplissement des autres fonctions ; ceux qui gênent les habitudes anciennement acquises tout en s’accordant avec les conditions nouvelles, sont effacés quand ces habitudes anciennes viennent à s’exercer, à moins de trouver dans les influences extérieures un appui assez solide pour briser toutes les résistances. De toutes les formes d’adaptations successivement essayées, celle qui a le plus de chance de devenir définitive, est celle qui réussira le mieux à rétablir l’équilibre plus ou moins compromis par le changement imposé à l’organisme. Nous avons déjà eu l’occasion de montrer que, pour bien comprendre le Darwinisme, il fallait admettre la lutte pour l’existence non-seulement entre les