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REVUE POUR LES FRANÇAIS

La fortune française au Vénézuela.

Savez-vous que la fortune française au Vénézuela s’élève à 130 millions de francs ? C’est considérable. Ajoutez qu’on y trouve plus de 2.500 résidents Français, et vous concevrez l’importance des relations économiques entre les deux pays. Le commerce français, qui va de la boulangerie aux modes en passant par la parfumerie et la vente des tabacs, absorbe 7 millions ; l’industrie française du caoutchouc et des perles représente 1 million ; les propriétés possédées par nos nationaux sont évaluées à 50 millions ; notre participation dans les banques locales atteint 7 millions, dans les chemins de fer, 10 millions ; enfin nous possédons 30 millions de fonds d’État. Total : 130 millions. Voilà ce qui explique mal la façon cavalière dont « ce polisson de Castro » traita nos représentants officiellement accrédités.

Fonctionnaires ottomans.

On nous écrit de Constantinople que la Porte vient de négocier avec la banque ottomane une avance de quelques millions afin de payer aux fonctionnaires un mois d’appointements. Heureux gouvernement qui peut ainsi traiter ses serviteurs en leur jetant, comme un os à ronger, quelques mois d’appointements tous les deux ou trois ans ! Ceux-là n’y perdent rien, d’ailleurs, soyez-en sûrs. Repoussés d’en haut, ils se vengent en bas et complètent aux dépens du peuple le chiffre de leurs émoluments. Les braves paysans turcs, écrasés d’impôts officiels, doivent encore payer les taxes de tous genres que lèvent arbitrairement sur leurs personnes et sur leurs biens tous les agents de l’État. Veut-on fonder là-bas une industrie quelconque ? Il faut payer d’avance à l’administration une somme parfois égale au gain qu’on en espère. Un homme a-t-il une pièce de terre en culture ? On l’évalue sur pied beaucoup plus qu’elle ne vaut : au moment des récoltes, on vient prélever la dîme sur cette évaluation. Travaillez, prenez de la peine, survient un effendi : « Part à trois, s’écrie-t-il, une pour vous, deux pour moi. » Si vous refusez, il vous écrase. C’est qu’il est fonctionnaire et qu’il lui faut bien vivre. Puisqu’on ne le paie pas, il se paie.