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BRAMANTE.

jamais avec une grâce aussi exquise. Et cela lient à un fait bien rare en architecture, c’est que Sansovino a été en même temps le sculpteur et l’architecte de son œuvre, mettant partout la délicatesse de son génie.

Sansovino avait une âme sensible qui lui permit de comprendre la joie de Venise et de faire l’architecture idéale qui pouvait plaire à cette reine de l’Adriatique. Un autre maître, d’un tempérament plus mâle et plus sévère, San Micheli, allait, plus que lui, transporter dans la Vénétie quelque chose de la force et de la grandeur romaines. Il ne construisit pas seulement des palais, mais aussi des forteresses. Il fut vraiment l’architecte de ces guerriers, de ces princes qui passaient toute leur vie sur les champs de bataille. C’est moins à Venise qu’il travaille que sur la terre ferme, à Vérone, là où l’on est moins à l’abri des fléaux de la guerre que dans la ville des lagunes.

Le palais Bevilacqua, de Vérone (Pl. 19), montre bien l’impression de puissance qui se dégage de toutes ses œuvres ; on y trouve la plupart des caractères de son art : l’emploi de robustes bossages, la grande dimension des ouvertures, la force des reliefs, la vigueur de l’ornementation, et cette manière qui lui est toute particulière de disposer sur ses façades des alternances de grandes et de petites fenêtres.

À côté de Sansovino, gracieux comme un Raphaël, à côté de San Micheli, énergique comme un Michel-Ange, Palladio, classique comme Bramante, complète le trio des grands architectes qui illustrèrent la Venise du xvie siècle.