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BRAMANTE

couronnement est un étonnant chef-d’œuvre : le peu d’élévation de l’édifice ne permettait pas une corniche à forte saillie comme celle du palais Farnèse à Rome ; tout l’effet terminal est demandé à une haute frise très brillamment et très puissamment ornée d’une légère balustrade sur laquelle se dresse une longue série de statues qui donnent à la terminaison, et dans une forme incomparablement plus belle, ce même aspect de dentelle qu’offraient, de l’autre côté de la Piazzetta, les créneaux du palais des Doges.

Et la Loggetta ! (Pl. 18). Il semble que l’on n’en ait vraiment compris toute l’exquise beauté que le jour où elle disparut sous l’effondrement du Campanile ; toute la joie de Venise paraissait s’évanouir avec elle, avec ce petit monument que Sansovino avait si bien fait, noble et charmant, à l’image de l’aristocratie vénitienne. On a pu heureusement le reconstruire tel qu’il était avant sa destruction.

Il faut remarquer que l’œuvre de Sansovino avait été légèrement déformée au cours du xviie et du xviiie siècle et qu’elle était sortie plus belle encore de ses mains. Le sommet du monument avait moins de lourdeur et de monotonie et il se reliait plus intimement aux arcades du rez-de-chaussée par des statues qui en surmontaient les colonnes ; mais surtout il n’y avait pas cette balustrade trop haute qui en cache les parties inférieures. Le vrai chef-d’œuvre de la Loggetta, celui qui est resté intact, ce sont les arcades, avec le beau motif des doubles colonnes enfermant des niches décorées de statues. C’est un motif que la Renaissance florentine avait traité souvent, mais