Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome 2, 1916.djvu/224

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par les intérêts, tandis que l’anglais place ses intérêts à côté, et quelquefois au-dessus de ses sentiments. D’aucuns pensent qu’il y a là une nuance plutôt qu’une différence foncière de tempérament. Tant mieux alors.

Lorsque les colonies anglaises d’Amérique se révoltèrent contre leur mère-patrie, les Acadiens, ne pouvant s’expliquer un tel fait, ne désignèrent jamais cette lutte autrement que par le mot de guerre folle. Au moins, les Américains, en combattant pour leurs intérêts, combattaient en même temps pour un principe, tandis que les Acadiens, en combattant contre la France, n’eussent pas même eu ce motif.

Il y a une distinction importante à établir entre l’immigrant et celui qui se réclame du pays qu’il habite comme étant celui de ses ancêtres. Le premier n’a en vue que le bien de ses affaires ; il a d’avance, et peut-être inconsciemment, décidé dans son esprit de devenir à toutes fins citoyen de son nouveau pays ; ses enfants, sinon lui-même, n’auront guère qu’une patrie, la nouvelle. Quant à l’autre, prenez-y garde, la question est délicate. Il a ses traits distinctifs, ses usages, ses traditions, sa langue, toutes choses qui lui sont chères, et qu’il veut conserver aussi longtemps qu’il le pourra ; toujours même, il l’espère bien. Et alors, il épie le nouveau venu ; il en prendra facilement ombrage. S’il a une fois deviné que celui-ci en veut à son existence, il ne l’oubliera plus ; il lui supposera toujours les mêmes intentions hostiles, se méfiera même de ses actes les plus innocents. Que si ces fils du sol forment un peuple, quelque petit qu’il soit par le nombre, ils se grouperont plus fortement, tiendront leurs rangs compacts ; et si la race à laquelle ils appartiennent est virile et fière et compte un passé glorieux, personne ne peut dire à quelles résolutions extrêmes ils pourront se porter.

Agissez, au contraire, à leur égard avec prudence, douceur