Page:Richard - Acadie, reconstitution d'un chapitre perdu de l'histoire d'Amérique, Tome I, 1916.djvu/288

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être même davantage, à cause du contact journalier qu’ils avaient avec lui, et qui faisait d’eux les victimes constantes de son humeur fantasque et de ses emportements. Cependant l’on peut dire que, d’une façon générale, les habitants français furent traités avec douceur ; ceux des Mines et de Beaubassin furent pratiquement laissés à leur propre gouverne. Pendant longtemps, il n’y eut dans toute la Province d’autre garnison que celle d’Annapolis. En dehors de là, l’autorité gouvernementale n’était pas représentée, si ce n’est peut-être par le notaire, qui était en même temps receveur des rentes et des revenus de la couronne, lesquelles, soit dit en passant, étaient fort minimes. Ces notaires d’ailleurs étaient tous des Acadiens[1] ; durant six mois de l’année, les communications entre Annapolis et les diverses régions de la Province étaient forcément interrompues. Les rares différends qui s’élevaient entre les Acadiens étaient ordinairement réglés par des arbitres. Il faut excepter toutefois les difficultés provenant de la délimitation des terres, lesquelles étaient référées au conseil d’Annapolis. Les difficultés de cette nature paraissent avoir été fréquentes après 1730. C’est que l’arpentage des propriétés n’avait jamais été exécuté dans les formes ; la population s’accroissait rapidement, et le gouvernement refusant de faire, ou tardant à accorder de nouvelles concessions territoriales, il en résultait des morcellements de biens, et par suite des conflits nombreux qui étaient soumis à la décision du conseil. Nous reviendrons là-dessus.

  1. Le MS original porte la note suivante : « Jean Duon était notaire à Annapolis, Pierre Bergeron à Beaubassin, Alexandre Bourg dit Bellehumeur aux Mines. Saint Cenne (sic) était médecin à Annapolis, Bugeaud et Mouton aux Mines. »