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la chanson des gueux

III

PREMIER RETOUR


Toujours tout droit, sans rien regarder, ils cheminent.
Les paysans hargneux de coin les examinent,
Et les enfants poltrons se mettent sur un rang
Pour les voir. Car ces gueux n’ont pas l’air rassurant.
Et pourtant ils ne sont que trois, ces trouble-fête,
Et le plus vieux des trois, celui qui marche en tête,
N’a pas treize ans. Mais comme ils sont fauves, hagards !
Une implacable horreur habite leurs regards.
On sent qu’ils ont souffert, jeûné, veillé. Leurs membres
Disent la faim, la soif, le froid noir des décembres,
Le soleil lourd, l’averse à flots pointus crevant,
L’étape interminable, et les nuits en plein vent.
On comprend qu’ils ont bu la brume qui pénètre,
Et râlé quelquefois au pied d’une fenêtre
Où chantaient et flambaient des rires de catin.
Il leur est arrivé de marcher du matin
Au soir, et puis du soir au matin, sans entendre
Le son que fait un sou dans la main qu’il faut tendre.
Il leur est arrivé, le ventre creux, de voir