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la chanson des gueux


Là-haut, c’est la terre promise !
Là-haut, pour les gueux sans chemise
Le lit est fait, la table est mise !

Et sans doute ce vagabond
Va s’envoler là-haut d’un bond,
Et ce moment lui semble bon !

Eh bien ! non. Tordu comme un saule,
Ce prisonnier tient à sa geôle.
Il ne veut pas mourir, le drôle !

Il lutte, il hurle comme un fol,
Cambre ses reins, tourne son col,
Et de ses baisers mord le sol.

Il n’a point de céleste envie,
Et dans sa soif inassouvie
Il veut boire encore à la vie.

Sur ce lit de mort sans chevet
Il se rappelle qu’il avait
De bons moments quand il vivait.

Que dans son enfance première
Il dormait chez une fermière
Près de l’âtre de la chaumière,