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la chanson des gueux


Ô province ! pays des gens trop bien nourris !
Je me disais : « Dom Buche y vivra comme un prince. »
Et je vous emportai là-bas, loin de Paris…
Et vous en êtes mort, d’avoir vu la province.

Car vous n’étiez pas fait pour ces tranquillités.
Il vous fallait Paris, et ses bruits, et ses fièvres.
Vous êtes mort du mal des enfants trop gâtés
Qui sous trop de baisers sentent pâlir leurs lèvres.

Vous dormez maintenant dans un coin du jardin,
Au pied d’un rosier vert qui vous couvre de roses.
Et je n’ai pas reçu vos adieux, quand soudain
Sur vos yeux grands ouverts la mort mit ses mains closes.

Votre regard humain dans l’ombre me cherchait.
Me voici, mon petit ami, dans un poème.
Pück, Buchon, Buchasson, Buchinier, dom Buchet,
Compagnon avec qui j’ai vécu ma bohême,

Je me souviens de vous, et je n’oublierai pas
Votre esprit, votre cœur, votre mine blanchette.
C’est pourquoi j’ai sauvé tous vos noms du trépas,
Pück, Buchon, Buchasson, Buchinier, dom Buchette.