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XX
la chanson des gueux

une chose, et la Morale en est une autre, et ces deux choses n’ont vraiment rien à voir ensemble.

J’entends parler de l’art pur, de lui seul. Sans doute, on trouve des écrivains qui emploient des moyens artistiques pour propager des théories politiques, sociales, morales, et il va sans dire que ceux-là doivent des comptes à d’autres qu’à la Critique. Encore resterait-il à savoir jusqu’à quel point ils en doivent à la Justice, qui n’a pas mission, que je sache, de défendre quoi que ce soit en dehors de la liberté, de la propriété, de l’honneur et de la vie des citoyens, et qui n’est point dépositaire d’une philosophie officielle. Mais je veux abandonner ce côté du débat et m’en tenir à la cause des simples artistes, de ceux qui ne prêchent pas, qui ne transforment pas leur plume en arme de combat, et qui s’en servent tout bonnement pour planer comme des aigles, ou (comparaison moins orgueilleuse) pour faire la roue comme des paons.

Que peut avoir de commun cet artiste, en tant qu’artiste, avec la Justice et la Morale ? Il ne veut rien attaquer, rien détruire, rien changer, rien prouver, rien persuader même. Il se contente de regarder la vie, de l’exprimer au mieux, d’exciter le rêve, de charmer