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la chanson des gueux


Qu’à mendier tu te hasardes,
Tremblotant comme un homme soûl,
Combien auras-tu de nasardes
Pour gagner un malheureux sou !

Chanteras-tu ? Mais ta voix veule
Rend plus de hoquets que de sons ;
Et, n’ayant plus de dents en gueule,
Tu bredouilleras tes chansons.

N’importe ! fais la bouche en fraise !
Grimace avec ton front trop grand !
Comme un coq dansant sur la braise,
Tu dois faire rire en souffrant.

Et si tu n’as rien dans le ventre,
Chante plus fort, d’un ton plus creux.
Sois la cornemuse où l’air entre
Et d’où sortent des chants heureux.

Ô cornemuse trop gonflée
Dont la peau pète sous le bras,
Un jour dans ta chanson sifflée
Comme un son faux tu partiras.

Tu partiras sans qu’on en pleure !
De ceux que tu pus amuser,
Pas un seul à ta dernière heure
Qui ferme tes yeux d’un baiser.