Page:Richepin - La Chanson des gueux, 1881.djvu/34

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XXIII
préface

tendras de ces affreux gros mots qui offusquent si fort notre bégueulerie moderne, et parfois des refrains où se joue gaiement un rayon de soleil, où flambe un verre de vin ; et tu te diras qu’en somme il n’y avait pas là de quoi fouetter un chat, que la vertu de nos contemporains est diablement prompte à s’effaroucher, et qu’elle ressemble à ces vieilles dissolues qui poussent la pudeur et la crainte du sens obscène au point de dire le séant d’une bouteille et la tige d’un cheval.

En récompense de ton attention patiente et bienveillante, puisses-tu n’avoir jamais affaire aux tribunaux de ton pays ; puisses-tu surtout, mon cher ami, trouver parmi ces poèmes quelque vers vibrant qui te remue doucement la fibre, et qui de temps à autre revienne chanter dans ta mémoire, en faisant perler à tes cils une larme furtive et délicieuse !


Jean RICHEPIN.


Paris, octobre 1880.