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XXII
la chanson des gueux

son nez en angle obtus. Non, le poète ne relève pas plus du Palais de Justice que l’Académie des Sciences. J’en suis fâché pour la magistrature ; mais, quand elle s’ingère de parler d’outrage aux bonnes mœurs à propos de nos chansons, elle est aussi profondément déraisonnable, aussi mirifiquement grotesque, que si elle voulait additionner des bonnets de coton avec des étoiles, ou mettre une paire de culottes à l’Apollon du Belvédère.

Ouf ! J’ai fini. Merci, ô suave, merveilleux, incomparable lecteur, si tu as eu l’extraordinaire bonté d’écouter jusqu’au bout les raisons du pauvre auteur qui tient à ton estime et à ton affection.

Et maintenant, feuillette ce livre abominable, pour te bien convaincre que je ne suis pas tant méprisable, quoique repris de justice et privé de mes droits civiques pour le reste de mes jours. Tu rencontreras des cantilènes de mendiants, des ballades de baladeurs, des paysages, des coins de campagne, des bouts de rue, des petiots qui te demanderont l’aumône, des vieux, des marmiteux, de franches canailles qui ont la main leste et la parole encore plus, mais aussi le cœur sur la main ; tu y verras passer jusqu’à des bêtes, car il y a des gueux parmi elles comme parmi nous ; tu y en-