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la chanson des gueux


III

VIEILLE STATUE


Oubliée en un coin du parc, seule, abattue,
Sous le lierre qui ronge une vieille statue
Gisait. Pauvre statue ! elle me fit pitié.
Je suis de ces rêveurs qui dans leur amitié
Donnent aussi sa part à l’inerte matière
Et partagent leur cœur à la nature entière.
Je relevai le mort, et pour qu’il fût content,
Pour qu’il eût le bonheur de revivre un instant
Comme si nous étions aux époques anciennes
Où parmi les chansons il avait eu les siennes,
Je fis semblant de croire à sa divinité,
Et je lui dis ces vers où son los est chanté :

Ô Pan, gardien sacré de cette grotte obscure
D’où sort le ruisseau clair qui sous tes pieds murmure,
Toi qu’un lierre, en festons à l’entour de ton flanc,
De son feuillage noir fait paraître plus blanc,
Toi qui ris d’un air bon dans ta barbe de pierre,
Et regardes, clignant un œil sous ta paupière,