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la mer

Plus c’est liquide et plus ça pue,
Mieux ils en gonflent leurs jabots.
La carne est le vin des corbeaux.

Las de manger et las de boire,
S’ils croassent alors, leur voix
Chante en tons creux de bassinoire,
Sinistre et comique à la fois,
Un Requiem blasphématoire,
Requiem sur un air à boire.

Enfin, repus, comme s’en vont
Des goinfres à la panse pleine
Qui se sont empiffrés à fond
Et qui sont gavés, hors d’haleine,
Si lourds qu’ils en ont l’air profond.
Enfin, solennels, ils s’en vont ;

Et ces vivantes sépultures
Prenant par le ciel leurs ébats
Y semblent les noires montures
De sorciers qui dans les sabbats
Vont avec d’infâmes postures
Forniquer sur des sépultures.