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un dizain de sonnets


VI



Elle est à tout le monde en n’étant à personne.
Il suffit de l’aimer pour avoir son amour,
Et chacun en passant la fait sienne à son tour :
Mais au moule d’aucun elle ne se façonne.

Ainsi, pour grand qu’il soit, celui-là déraisonne
Qui voudrait l’enfermer en cave dans sa tour.
De l’âme qu’elle verse à ces buveurs d’un jour
Elle reste à jamais l’immortelle échansonne.

Pourquoi donc à son cœur ne pas mêler mon cœur
Pourquoi n’aurais-je pas ma part de la liqueur,
La coupe intarissable étant devant ma bouche ?

Puis, j’ai d’autres raisons encore. Oui, Michelet,
C’est un génie, un phare ; et gare à qui le touche !
Je plaiderai pourtant ma cause comme elle est.