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la mer


Je n’étais pas né non plus
Pour souffrir flux et reflux,
Pour connaître
Ces tourmentes, ces effrois,
Cette eau qui de baisers froids
Me pénètre.

Dans le sol j’avais les pieds.
Ils les ont estropiés
Par la hache.
Ils ont fait, ces nains morveux,
De mes branches des cheveux
Qu’on arrache.

Ils ont planté dans mon sein
Un coin de fer assassin
Qui crevasse.
De leur scie au cri moqueur
Ils m’ont scié jusqu’au cœur
Tout vivace.

Ah ! j’étais bon, cependant !
Avec mon abri pendant
Sur leurs têtes,
J’étais un abri pour eux,
Marcheurs, rêveurs, amoureux,
Gens et bêtes.