Page:Richepin - La Mer, 1894.djvu/274

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
260
la mer

Nous savons bien que sur la terre
Sans avoir conquis le mystère
Toujours dans l’ennui solitaire
Éparpillés nous retombons ;
Nous aimons quand même, n’importe,
Le souffle fou qui nous emporte
Au mystère murant sa porte
Devant nos galops furibonds.

Et toujours, et quoi qu’il arrive,
Ô vous, Nomades émigrants,
Ô vous, flots qui battez la rive,
Ô vous, mes songes délirants,
Toujours nous guettons dans la nue
L’éclair annonçant la venue
De la grande haleine inconnue
Qui met notre chaos en rangs,
Qui nous jette comme une armée
Hors de la paix accoutumée.
Qui change en feu notre fumée,
Qui change nos lacs en torrents.

Venez donc, ô semeurs d’alarmes,
Orages, vents, invasions !
Venez nous appeler aux armes
Sans que jamais nous nous lassions !
Peuples endormis dans la trêve,
Flots emprisonnés par la grève,
Cœurs flottant aux limbes du rêve,
Faut-il qu’ainsi nous languissions ?