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les grandes chansons

IV

LE SEL


Dans la forêt sonore aux rameaux toujours verts
Les pins versent le sang de leurs cœurs entr’ouverts
Et les pleurs parfumés de la térébenthine.
Leur chevelure épaisse est comme une courtine
Dont les plis odorants masquent le lit vermeil
Où la saline dort son paresseux sommeil.
Et quand le vent de mer l’évente, et que la plaine
À travers ces rideaux fait passer son haleine,
La brise en un seul baume unit les deux senteurs,
Si bien que l’air qui vient alors des pins chanteurs
Semble sur des bouquets et sur des cassolettes
Avoir bu longuement l’âme des violettes.
Souffle délicieux, printemps fleuri sans fleurs,