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la mer

Ô sel que les tribus barbares
Échangent encore à présent
Contre l’or et l’argent en barres
Et plus qu’eux trouvent bienfaisant
Ô sel, que deviendraient nos races.
Si dans les espaces voraces
Soudain te volatilisant,
Ton âme toute consumée
S’en allait comme une fumée
De notre terre accoutumée
À t’avoir en te méprisant ?

Quelles langueurs universelles.
Quel dégoût de tout ce serait !
La pourriture que tu cèles
Sous ta saveur comme un secret,
Fade, écœurante, corrompue.
Avec son haleine qui pue
Tout à coup s’épanouirait,
Et de putréfaction lente
Tout mourrait, la bête, la plante,
Dans l’atmosphère pestilente
D’un déliquescent lazaret.

L’océan, malgré les marées
Qui le roulent sous leurs essieux,
Sentirait ses chairs dévorées
Par ce souffle pernicieux.
Dans ses flots lourds d’algues croupies
Les poissons fondraient en charpies.