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les grandes chansons

Du temps, comment a pu s’opérer en un point
Cette genèse, c’est ce que l’un ne sait point.
Des corps simples à la cellule, à la monère,
Par quels chemins passa la substance ternaire,
Puis quaternaire, pour s’albuminoïder
Et s’agréger, vivante, on n’en peut décider.
Le carbone de l’air, alors en abondance
Dans l’atmosphère encore irrespirable et dense.
Avec les gaz de l’eau d’abord combina-t-il
Ou l’âcre ammoniaque ou l’azote subtil ?
Ou bien est-ce plutôt par le cyanogène
Que se noua l’anneau primitif de la chaîne,
Gaz instable, mobile et propice aux hymens ?
La science n’a pas éclairé ces chemins.
Mais un point lumineux dans cette ombre douteuse,
C’est que de ces hymens l’eau fut l’entremetteuse,
Et qu’il fallut son lit ouvert à tous les vents
Pour engendrer enfin les premiers corps vivants.
Aujourd’hui même encor, comme en ce temps antique,
On a pu la surprendre au fond de l’Atlantique
En pleine éclosion du germe originel
Ayant pour dernier fruit l’organisme charnel,
Embryon de ce qui plus tard doit être un homme.
Un être existe là, que la science nomme
Bathybius, un être informe, sans couleur,
Une larve plutôt qu’un être, une pâleur
Encor plus qu’une larve, une ombre clandestine,
Semblable à du blanc d’œuf, à de la gélatine,
Quelque chose de vague et d’indéterminé.
Ce presque rien, pourtant, il existe. Il est né,