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les grandes chansons


Je t’emprisonne ainsi dans un tiède cachot
Où tu n’as à la fois ni trop froid ni trop chaud.

Si j’ôtais cet écran qui court de place en place,
Tu serais tour à tour ou de braise ou de glace.

De l’équateur ardent aux pôles refroidis
Je mène en deux courants la douceur des midis.

Puis des pôles gelés aux tropiques en flamme
Je ramène l’air frais que ce brasier réclame.

J’arrache aux flancs des rocs et j’entraîne à la mer
Les sels qui rendent sain son élixir amer.

Sans eux, malgré les vents, sa liqueur corrompue
Ne serait qu’un marais croupissant et qui pue.

Si je ne lui portais ce tribut précieux,
Le souffle de la peste emplirait tous vos cieux.

Mais à quoi bon compter ce que je fais encore
Pour toi que je nourris, et protège, et décore ?

Tous tes honneurs, c’est moi qui les ai mérités,
Terre ; car tu ne vis que de mes charités.

Pour que tu sois la terre, ô roc, il faut qu’il pleuve ;
Il te faut l’eau, nuage, et pluie, et source, et fleuve.