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la mer


Trône de la sagesse aux pieds de mausolée,
Mais au dais triomphal où flambe un ostensoir,
Ô science, ô tombeau de la foi désolée,

Berceau de l’espérance, aube qui nais du soir,
Ô mer qui nous montras nos fins, notre origine,
Trône de la sagesse où l’homme va s’asseoir !

Cause de notre joie, où la Grèce imagine,
Parmi les rires frais et les cris éclatants
Des trois Grâces, Thalie, Aglaé, Euphrosyne,

Dans les zéphyrs fleuris d’un matin de printemps,
Kypris Aphroditè qui jaillit d’une vague,
Le corps vêtu d’écume et les cheveux flottants !

Déesse, ô rêve éteint, mais que moi qui divague
Je rêve encor parfois, fils des anciens chanteurs,
Déesse dont j’ai vu l’apparition vague,

Le soir, quand l’air traînait de troublantes senteurs
Tandis qu’à l’horizon se gonflaient ta poitrine
Et ton ventre où buvaient mes yeux profanateurs ;

Cause de notre joie, Aphroditè marine,
J’eusse aimé vivre à l’heure où sur ses noirs chevaux
Emportés et ronflant du feu par la narine

Arès te promenait devant les Dieux nouveaux.
Quand Héphaistos tout seul blâmait ton adultère,
Quand tes crimes d’amour n’avaient que des dévots.