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les litanies de la mer


Et jusqu’aux gouffres noirs pleins d’une ombre inconnue
Où roulent radieux des astres si lointains
Que leur lumière à nous n’est pas encor venue.

Miroir de la justice, où nos futurs destins
Sont écrits près de notre existence passée,
Réglés fatalement par des arrêts certains,

Miroir où l’infini regarde sa pensée,
Pèse le mal, le bien, et, les équilibrant,
La trouve aux deux plateaux strictement balancée.

Miroir de la justice, où l’homme injuste apprend
Que ce mal et ce bien ne sont rien qu’apparences :
Car ce que prend un jour, un autre nous le rend.

Trône de la sagesse aux tendres remontrances,
Nous enseignant ainsi par ta sérénité
L’oubli des vains espoirs, des regrets et des transes ;

Trône où notre regard se connaît limité,
Et revenu du rêve et des apothéoses,
À conscience enfin de notre humilité.

Mais trône dont l’épine aussi porte des roses ;
Parfum d’où monte au cœur le légitime orgueil
De gravir jusqu’à toi par l’escalier des causes,

De voir le fond du temple en en baisant le seuil,
Et d’y trouver la grande Isis qui, dévoilée,
Nous prendra par la main pour nous y faire accueil.