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la mer


Ton breuvage est doré comme des chevelures,
Vert comme l’émeraude et bleu comme le ciel,
Plein d’étranges fraîcheurs et d’étranges brûlures.

Mieux fleurant que la menthe et l’anis et le miel,
Et vous laisse à la fin un goût saumâtre et rêche.
Plus fade que du sang, plus amer que du fiel.

Vase insigne, car tes vapeurs sont une crèche
Où les troupeaux errants des vaches de l’azur
Paissent sans l’épuiser une herbe toujours fraîche,

Et se gonflent le pis d’un lait crémeux et pur
Pour le verser en pluie et faire dans la plaine
La chair des fruits, le sang du vin, l’or du blé mûr.

Rose mystique, rose à l’odorante haleine,
Ô rose dont le cœur s’entr’ouvre en souriant,
Ô rose, fleur d’Hélène et fleur de Madeleine,

Fleur de la volupté, mer qui vas charriant
Tant d’embryons épars accouplés pêle-mêle,
Rose rose au couchant et rose à l’Orient,

Rose dont le calice ardent sent la femelle,
Rose que rien ne fane à l’éternel rosier,
Rose mystique, rose idéale et formelle ;

Formelle, quand sur toi le soleil en brasier
Verse à tes flots sa pourpre et les change en pétales
Que tout son rouge sang ne peut rassasier ;