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la mer


Toi que ta cruauté rend encor plus jolie,
Que de fois ton regard dans ma gorge planté
Y laissa le venin de la mélancolie !

Par bonheur il ressemble à ce fer enchanté,
Remède autant que mal, qui guérit ceux qu’il blesse.
Étoile du matin trompeuse, mais Santé

Des infirmes, ô mer, recours de la faiblesse,
Baume énergique et sûr en qui se retrempant
Le corps reprend sa sève et l’esprit sa noblesse ;

Bain de vigueur, étreinte aux anneaux de serpent,
Lutte contre la vague et le souffle du large,
Grains d’iode et de sel que le poudrain répand ;

Rien qu’à humer l’embrun dont s’argente ta marge,
Ô mer, rien qu’à courir parmi tes goëmons,
Notre sang ressuscite et bat le pas de charge,

Nos enfants délicats redeviennent démons,
Le soleil se rallume à leur face blémie ;
Et, retrouvant l’Avril, celles que nous aimons

Voient éclore à leur joue une rose endormie.
Si bien qu’un ton vermeil empourpre les lis blancs
Qui tristes s’y fanaient hier dans l’anémie.

Ô mer, vin des petits, lait des vieillards tremblants,
En même temps Santé des infirmes de l’âme ;
Car l’âme à ton aspect ranime ses élans