Page:Rocheblave - Pages choisies des grands ecrivains - George Sand.djvu/27

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


sants, les procédés grossiers, la violence même, furent le châtiment ordinaire d’une supériorité chaque jour plus apparente. Renfermée dans une sorte de passivité, passant tour à tour de l’exaltation à l’abattement, tentée presque par le suicide, et sans doute blessée au cœur par la vision d’un véritable amour entrevu trop tard, la victime de M. Dudevant traîna ainsi huit longues années, de l’automne de 1822 au printemps de 1831. Deux enfants étaient nés sur ces entrefaites — Maurice en 1823, Solange en 1828, — deux consolations, mais deux obstacles aussi. La mère hésitait à rompre le lien de la famille. La vie commune devenait pourtant intolérable. Alors elle se résolut à une demi-mesure acceptée par son mari : elle passerait alternativement un trimestre à Paris et un à Nohant ; à Paris pour essayer d’y gagner sa vie par son travail, à Nohant pour accomplir ses devoirs d’épouse et de mère.

Cette existence en partie double devenait elle-même de plus en plus menacée dans ses ressources : l’imprévoyance de M. Dudevant ruinait sa femme, son inconduite et sa brutalité passaient à toutes les extrémités. D’ailleurs George Sand était née ; son nom était célèbre ; elle sentait son génie, il lui fallait sécurité et liberté. Cette fois madame Dudevant eut le courage de s’adresser aux tribunaux. Après un procès retentissant, plaidé et gagné par Michel de Bourges, une séparation était prononcée en faveur de lanière, qui demeurait maîtresse de ses enfants et de ses biens. Elle n’usa jamais des uns ni des autres qu’avec la plus grande générosité