Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/22

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


de joyaux, se transpose en un culte barbare et tragique, comme il apparaît en ce poème curieux, À une Madone, ex-voto dans le goût espagnol :

… Pour compléter ton rôle de Marie
Et pour mêler l’amour avec la barbarie,
Volupté noire ! des sept péchés capitaux,
Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux
Bien affilés, et, comme un jongleur insensible,
Prenant le plus profond de ton amour pour cible,
Je les planterai tous dans ton Cœur pantelant,
Dans ton Cœur sanglotant, dans ton Cœur ruisselant !

Baudelaire est un poète catholique. Son œuvre n’est que la mise en scène du drame originel de la Genèse. Elle raconte la grande chute, l’éternelle lutte qui est le fond de la religion, entre des comparants pareils : Dieu, l’homme, le Tentateur, et la femme, ici aussi l’alliée du Tentateur.

Satan d’abord ; pour le poète, il est toujours le Tentateur du Paradis terrestre, le Démon onduleux et menteur du commencement des temps. Mais, en cette société âgée et décadente, il a multiplié et perfectionné ses ingéniosités — et quelles autres ressources maintenant pour nous induire en péchés !

Les péchés modernes ? Ce sont précisément les « Fleurs du mal ». Baudelaire en a dressé la liste. Il les énumère avec une liberté que