Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/262

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un cercle probablement vicieux. Pierrot est ivre un peu. Il fait des calembourgs.

Et la ronde continue au plafond — Olympe de joie, dans un recul et comme au delà de notre atteinte.

Car M. Chéret, après un dessin minutieux de chaque figure, a soin d’estomper, d’effacer, afin que l’impression soit plus vaporeuse et féerique — Il s’agit bien, en effet, d’un spectacle vu comme un rêve, quelque chose d’électrique, de lunaire, de phosphorescent ; les formes qu’on entrevoit parfois dans les flammes bleues du punch ; les jeux fous de la couleur sous des éclairages artificiels.

Tout cela, M. Chéret s’y évertua. Il l’avait déjà indiqué en quelque pastels, ses premières décorations.

Or, un jour, voici que surgit une imprévue danseuse ; cette Loïe Fuller (dont il fit d’ailleurs maintes affiches et peintures) qui, moins femme qu’œuvre d’art, montra soudain, réalisées, toutes ses recherches. Qui oubliera l’extraordinaire spectacle ? Miracle d’incessantes métamorphoses ! La Danseuse prouva que la femme peut, quand elle le veut, résumer tout l’Univers : elle fut une fleur, un arbre au vent, une nuée changeante, un papillon géant, un jardin avec les plis dans l’étoffe pour chemins. Elle naissait de l’air rose, puis soudain y rentrait. Elle s’offrait, se déro-