Page:Rodenbach - L’Élite, 1899.djvu/73

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Dans Nell Horn, Juste s’embarrasse de Nelly pour ne pas laisser derrière lui une victime, une épave dans cet océan du Londres moderne aux millions de lumières dardées sur elle comme des yeux de vice… Il se souvient du cerf traqué dans les paysages de la préhistoire…

Ailleurs, c’est Valgraive, le mourant qui cherche à faire durer après lui sa volonté miséricordieuse, et donne sa femme à l’ami qui l’aime, en taisant par bonté ses jalousies préventives, ses révoltes, toutes les suggestions du mal qui l’empêchent de se réaliser en la beauté du bien.

Dans l’Impérieuse bonté, c’est l’amour du prochain sous toutes ses formes. Dans Marc Fane, il ne s’agit plus de la bonté individuelle, mais d’un idéal qui s’étend, cette fois, au delà du cercle d’or de la lampe et des êtres familiers. Marc Fane, le télégraphiste ambitieux, le possibiliste fraternel et utopique, rêve un dévouement lointain, général, socialiste (au sens étymologique du mot). C’est sur la société elle-même qu’il s’apitoie, sur tout ce qui souffre, se débat, convoite, apôtre illuminé de la bonté, cherchant à canaliser la marée révolutionnaire qui monte, pour ne pas qu’il y ait plus de bris, de heurts et de douleur.

Et il ne s’agit pas ici de pitié, cette pitié russe de Tolstoï et de Dostoïewsky, qui dérive d’une