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SOIRS DE PROVINCE


Les musiques, les bruits de clochettes, les Vierges
S’éloignaient lentement aux feux des chandeliers,
Comme si tout au loin de vagues escaliers
Les eussent entraînés par des rampes de cierges.

Et, dans l’éloignement, des lambeaux d’oraisons
Revenaient émouvoir les foules obsédées,
Et des adieux d’encens ou de fleurs décédées
Se traînaient dans le vent avec de bleus frissons !


II



Ainsi mon Âme ! ainsi mon Enfance perdue !
Mes amours, mes désirs avaient leurs reposoirs,
Leurs convois blancs marchant dans un bruit d’encensoirs
Et leur dais d’argent neuf pour la Vierge attendue.

Mais la procession n’a chanté qu’un moment
Et mon Âme n’a plus dans le noir de ses rues
Qu’une foule grouillante et d’absurdes cohues
De rêves qui s’en vont mélancoliquement !