Page:Rodenbach - La Jeunesse blanche, 1913.djvu/132

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
129
LES JOURS MAUVAIS.


Comme une brûlure ils ont peur de la lampe
Où leur songe de neige aurait bientôt fondu,
Et l’insecte blessé de la parole rampe,
Et l’on ne dit plus rien, sans savoir qu’on s’est tu !…


III



Parfois en plein amour on a rompu le charme ;
On se blesse, on s’afflige involontairement,
Ainsi que des enfants jouant avec une arme,
Et l’on se fait beaucoup de mal tout en s’aimant.

On souffre quelques jours ; puis, vaincu par l’absence,
On cherche à se revoir dans un faubourg lointain ;
Mais on sent dans sa voix comme une réticence,
Et l’on sent dans son cœur quelque chose d’éteint.

On va par la grand’route où des brouillards opaques
Amassent du mystère à l’horizon qui fuit,
Tandis qu’au loin de grands oiseaux élégiaques
Sur leurs ailes de deuil apportent de la nuit !