Page:Rodenbach - La Jeunesse blanche, 1913.djvu/136

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ENNUI DE VIVRE


 
Quand de pâles amants, l’extase étant finie,
Ont la sensation d’une heureuse agonie
Et qu’éveillés à peine et doucement brisés
Ils sentent un vol blanc d’immatériels baisers,
Si l’aube envahissante à ce moment pénètre,
C’est comme une faux d’or à travers la fenêtre
Coupant les blés du rêves et les fleurs du plaisir !
Et quand le couple triste a pu se ressaisir
Il songe, en entendant le bruit vain de la rue,
Qu’il faudra de nouveau rentrer dans la cohue,
Tandis qu’on est amer, coudoyer des gens gais,
Étreindre un peu de vent dans ses bras fatigués,