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SOIR

Avec un bruit presque de voix ;
Ô le vent dans la cheminée !
La chambre est toute enluminée…

On songe à des choses finies,
À tout ce qu’on avait rêvé,
Processions sans litanies,
Maison où rien n’est arrivé,
Tout le passé dont on est vieux !
Ô les lampes comme des yeux…

Les pâles lampes nous regardent,
Regards de ceux qui ne sont plus ;
Et les miroirs un peu nous gardent
Les visages irrésolus
De tant de morts que nous aimâmes ;
Ce soir, le vent porte leurs âmes.

Souvenance ! Morne veillée !
Pourquoi tant d’essais de bonheur ?
Toute vie est dépareillée…
La bûche, comme un Sacré-Cœur,
Dans la cendre saigne en silence ;
Le vent la perce de sa Lance.