Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/102

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Car le silence là vraiment s’atteste ! Il règne,
Il est impérieux, il est contagieux ;
Et le moins raffiné des passants s’en imprègne
Comme d’encens dans un endroit religieux.
Ah ! Ces villes, ce grand silence monotone
Qu’augmente un son de cloche en tombant de la tour ;
Ce silence si vaste et si froid qu’on s’étonne
De survivre soi-même au néant d’alentour
Et de ne pas céder à la mort qui délie…
L’eau s’en vint d’elle-même au-devant d’Ophélie.
Or le silence doux, dont l’eau nous circonvient,
Nous tente et nous entraîne à son tour dans des roses…
La ville est morte aussi… qu’est-ce qui nous retient ?
Et nous sentons vraiment comme l’ordre des choses !