Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/30

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Gerbe de lis blessés que son jeu lent délie ;
Eau pâle du clavier où son geste amusé
— Rafraîchi comme ayant joué dans une eau claire
Ferait surgir un blanc cortège apprivoisé,
Cygnes vêtus de clair de lune en scapulaire,
Cygnes de Lohengrin dans l’ivoire nageant !

Hélas ! Le piano reste seul et morose
Et défaille d’ennui par ce soir affligeant
Où dans la chambre meurt une suprême rose.
La nuit tombe ; le vent fraîchit ; nul n’est venu
Et, résigné parmi cette ombre qui le noie,
Il refoule dans le clavier désormais nu
Les possibilités de musique et de joie !