Page:Rodenbach - Le Règne du silence, 1901.djvu/57

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I

Être le psychologue et l’ausculteur de l’eau,
Étudier ce cœur de l’eau si transitoire,
Ce cœur de l’eau souvent malade et sans mémoire.
L’eau si pâle ! On dirait une sœur du bouleau
Par le fard du couchant à peine un peu rosée ;
Mais, dormante, elle rêve à d’orageuses mers,
Et, somnolente, elle est la grande névrosée
En qui se plaint sans cesse un écheveau de nerfs,
Fils cachés, fils souffrants ramifiés en elle
Et qui parfois en des frissons, en des remous
Crispent sa nudité d’une douleur charnelle !