Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/120

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Il serait inutile de te dire avec quels soins obligeants et tendres nos amies cherchent à me procurer tout ce qui peut m’être agréable, si je ne te le disais beaucoup moins pour rendre témoignage à leur amitié pour toi, qui t’est si bien connue, que pour le plaisir de l’exprimer ce qui me touche si vivement.

Je les trouve sensibles autant que mon cœur pouvait le désirer, te connaissant et t’aimant, comme il me plaît que te connaissent et t’aiment ceux avec qui je suis, singulièrement attentives et me laissant avec cela une liberté qui complète tout l’agrément dont on peut jouir chez elles.

Il y a trop peu de temps encore que je suis ici pour avoir déjà sorti ; d’ailleurs je suis beaucoup plus pressée de jouir paisiblement des charmes de l’amitié que de parcourir la ville pour examiner ce que je trouverai bien le moment de voir.

Nous avons presque tous les soirs MM. Baillière, Justamont, et quelques autres personnes ; il a été question de toi, on s’est informé de tes nouvelles avec le plus vif empressement et l’on m’a demandé, à plusieurs fois, avec chaleur, quand on verrait paraître les Lettres d’Italie, de Suisse, etc. Après diverses questions relatives à ce sujet, on m’a dit, comme un avis qui me parait important et me donne de l’inquiétude, qu’on connaissait une personne qui se proposait d’en faire une édition, persuadée que la tienne ne serait pas sitôt publiée. Je fus surprise, comme tu peux le penser ; je questionnai, à mon tour, et ne pus rien voir autre, sinon qu’il s’est répandu quelques exemplaires de ton ouvrage, indépendamment de ceux que tu avais remis à MM. les Intendants du commerce et envoyés à ta famille.

Comment et par qui cela s’est-il fait ? Je n’y entends rien et n’en sais pas un mot, mais le fait me parait évident et demande de ta part la plus grande diligence. Je me hâte de te le communiquer afin que tu puisses agir comme tu le jugeras convenable.

J’ai peu travaillé encore : il faut s’établir dans un endroit avant de pouvoir donner un ordre bien entendu à ses occupations ; j’ai goûté du felice far niente ; mais je vais sérieusement me mettre à l’anglais.