Page:Roland Manon - Lettres (1780-1793).djvu/1298

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523

[À BANCAL, À PARIS[1].]
[Premiers mois de 1793, — de Paris.]

Je me suis affligée de vos chagrins, j’ai besoin d’apprendre ce qui vous concerne, ne laissez point écouler la journée sans m’en instruire. Rappelez vos forces et votre courage, songez qu’une véritable passion ne connaît point d’obstacles, dès que la vertu n’est pas contre elle. Votre constance doit toucher une personne estimable et finira par vous mériter sa main. Si vous croyez que je puisse vous être utile dans la maison W. [Williams], j’irai, et je m’y conduirai comme vous le jugerez meilleur, c’est-à-dire en paraissant ignorer ou non l’objet et la nature de vos affections.

Adieu, mon ami. L’amitié et la philosophie sont les deux consolateurs du monde ; je puis vous promettre l’une, aidez-vous de l’autre, mais sans abandonner un espoir qui doit se fonder sur votre propre persévérance.


524

[À BOSC, À PARIS[2].]
[1er juin 1793, — de l’Abbaye,]

Aujourd’hui sur le trône, et demain dans les fers. C’est ainsi que l’honnêteté est traitée en révolution, mon pauvre ami !

  1. Lettres à Bancal, p. 353 ; — ms. 9534, fol. 189-190.
  2. Ce billet, écrit par Madame Roland le jour de son incarcération à l’Abbaye (voir dans Motimer-Ternaux, Hist. de la Terreur, t. VI, p. 355, copie de l’écrou), a été publié en fac-similé par M. Barrière, dans son édition de 1820 (t. I.), reproduit par M. Faugère (I, 1), puis, en fac-similé, par M. Armand Dayot (Album de la Révolution française, 16e fasc.). – M. Faugère pense qu’il « a dû être adressé à Bosc ou à Champagneux ». M. Armand Dayot croit qu’il est adressé à Buzot ! Cette hypothèse est inadmissible. Quand Madame Roland écrira à Buzot, quelques semaines après, elle lui dira : « Adieu, mon ami ; mon bien-aimé, adieu ! » (Lettres 534, 538, 540, 541) L’accent est tout autre. Avec Champagneux, son aîné de dix ans, elle a un ton plus cérémonieux : « Recevez avec Mme Champagneux, les affectueux embrassements de celle qui